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  Vol. 296 No. 2, 12 Juillet 2006 TABLE OF CONTENTS
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Activité physique mesurée objectivement et mortalité chez les personnes âgées

Steven N. Blair, PED; William L. Haskell, PhD

Selon des données concluantes, un mode de vie sédentaire et inadapté augmente le risque de nombreuses maladies et affections chroniques, tout en réduisant l'espérance de vie.1,2 Jusqu'à présent, les évaluations d'exposition à un mode de vie sédentaire ont inclus l'activité physique auto-rapportée,3-6 la classification professionnelle,7 et les mesures de l'aptitude cardio-respiratoire.8-10 Toutes ces méthodes sont sujettes à des erreurs de classification. En effet, les questionnaires auto-administrés peuvent ne pas intégrer les questions se prêtant à l'inclusion de toutes les activités pertinentes, et les individus peuvent avoir un souvenir impropre ou imprécis. Les personnes travaillant dans une même catégorie professionnelle peuvent présenter des niveaux de dépense énergétique largement variables selon leur efficacité dans la performance des mêmes tâches, et les tâches peuvent requérir différents besoins énergétiques. Quant aux évaluations de l'aptitude cardio-respiratoire, qui sont des mesures objectives effectuées en laboratoire, elles donnent généralement une indication précise de l'activité physique pendant les semaines et les mois précédant les tests, mais peuvent être influencées par d'autres facteurs environnementaux et génétiques.

Les études observationnelles prospectives intégrant l'état de santé en variable d'exposition montrent généralement de plus fortes associations avec la morbidité ou la mortalité que les études similaires intégrant l'activité physique. Ainsi, dans l'étude ACLS (Aerobics Center Longitudinal Study),11 le risque de mortalité toutes causes confondues était évalué dans 5 catégories de condition physique, chez 7 080 femmes et 25 341 hommes. Comparé aux participants en moins bonne condition (catégorie de référence), le risque relatif ajusté (sur l'âge, l'année d'examen, le statut tabagique, et les maladies chroniques) de décès chez les participants en meilleure condition était de 0,37 pour les femmes et de 0,49 pour les hommes (p < 0,001 pour les deux tendances). La valeur de p pour la tendance sur toutes les catégories d'activité physique était significative pour les hommes (p = 0,01), bien que les risques relatifs aient été variables sur les 5 catégories d'activité, seule la deuxième catégorie ayant un intervalle de confiance à 95 % inférieur à 1,00. Chez les femmes, la tendance pour la mortalité toutes causes confondues n'était significative dans aucune catégorie d'activité physique (p = 0,22). Ainsi, à la différence de la forte relation inverse observée entre la condition physique et la mortalité, chez les hommes comme chez les femmes, les données des mêmes participants montrent des tendances beaucoup plus faibles ou non significatives avec les catégories d'activité.

Ces données corroborent l'hypothèse suggérant qu'il existe des erreurs de classification substantielles dans les autodéclarations d'activité physique, et que l'évaluation objective de l'aptitude cardio-respiratoire montre une relation plus forte avec l'évolution de la santé. L'un des problèmes posés par l'utilisation de la condition physique en variable d'exposition réside dans l'existence d'une influence génétique sur l'adaptation de la condition physique en réponse à un programme d'activité standard.12,13 Cela signifie que même si la condition physique est fortement corrélée à l'activité, il y a inévitablement des erreurs de classification lorsque la condition physique est utilisée en variable de substitution des modèles d'activité habituels. En conséquence, la variable d'exposition idéale pour évaluer le rôle de l'activité physique en tant que facteur prédictif de l'évolution de la santé associerait l'objectivité à l'absence d'erreurs de classification. Il existe au moins 2 techniques potentielles permettant d'évaluer objectivement l'activité physique: l'accélérométrie et la technique de l'eau doublement marquée. À ce jour, aucune étude prospective n'a rapporté de données sur l'association entre l'activité physique mesurée objectivement et la mortalité.

L'étude de Manini et collaborateurs,14 publiée dans ce numéro du JAMA, constitue l'amorce d'une réponse à cette absence. Les investigateurs ont mesuré la dépense énergétique totale chez 302 adultes âgés, en utilisant la technique de l'eau doublement marquée, avec un suivi moyen pour la mortalité de 6,15 ans. Ils ont mesuré le taux métabolique au repos au moyen de techniques standards, et estimé l'effet thermique des aliments représentant 10 % de la dépense énergétique totale; ils ont ensuite utilisé ces données pour calculer la dépense énergétique liée à l'activité, qui était la variable d'exposition primaire utilisée dans les analyses. La dépense énergétique totale variait de 1 766 kcal/j pour le tertile 1 à 2 611 kcal/j pour le tertile 3, pour une différence de 845 kcal/j.

L'étude rapporte que 242 kcal/j de cette différence étaient dus à un taux métabolique au repos plus élevé dans le tertile 3 (différence de 158 kcal/j) et à l'effet thermique des aliments (différence de 84 kcal/j). La différence dans le taux métabolique au repos s'explique par la supériorité du poids corporel, qui était de 82,1 kg dans le tertile 3 versus 70,5 kg dans le tertile 1, et par l'effet thermique supérieur dû à la dépense énergétique totale plus élevée dans le tertile 3 (les participants sont supposés en équilibre énergétique). L'activité physique rapportée sur le questionnaire était de 65 kcal/j pour le tertile 1 et de 321 kcal/j pour le tertile 3, soit une différence de 256 kcal/j. Ainsi, sur une différence de dépense énergétique liée à l'activité de 603 kcal/j, environ 256 kcal/j peuvent être expliqués par l'activité physique auto-rapportée, les 347 kcal/j restants étant attribués aux simples déplacements, aux allées et venues, ou à la « thermogenèse liée à l'activité hors exercice » selon les termes de Levine et coll.15

Les résultats globaux de l'étude sont étonnants, avec l'écart-type de la dépense énergétique liée à l'activité (287 kcal/j) associé à une différence de 30 % du risque de mortalité, après ajustement sur plusieurs variables de confusion potentielles. En outre, le risque de mortalité ajusté était de 0,33 pour les individus du tertile le plus haut de dépense énergétique liée à l'activité comparé au tertile le plus bas, indiquant une infériorité du risque de 67 % pour les individus plus actifs.

Les investigateurs ont recueilli l'activité physique auto-rapportée sur les 7 jours précédant le début de l'évaluation à l'eau doublement marquée. Les données obtenues avec les questions sur l'activité physique sont un peu surprenantes. Il n'est pas observé de tendances significatives sur les 3 tertiles de dépense énergétique liée à l'activité pour l'exercice de forte intensité, la marche à titre d'exercice, ou la marche hors exercice. Du fait que la marche est typiquement rapportée comme l'activité la plus courante dans de nombreuses études, et que l'exercice de plus forte intensité serait supposé contribuer substantiellement à la dépense énergétique liée à l'activité, l'absence d'association observée pour ces variables est inattendue. Peut-être reflète-t-elle simplement l'ampleur de l'erreur de classification liée à l'utilisation de l'activité physique auto-rapportée, qui peut également être accentuée chez les personnes âgées.

L'un des points méthodologiques susceptibles d'avoir contribué à l'absence d'association entre l'activité physique auto-rapportée et le niveau de dépense énergétique liée à l'activité réside dans le fait que les questions sur l'activité physique portaient sur l'activité pratiquée la semaine précédant la période d'évaluation de 2 semaines. Il est possible que pendant ces 2 semaines, le niveau d'activité de certains participants ait été supérieur, notamment en matière de marche, à celui rapporté pour la semaine précédente. Cela pourrait constituer une réaction prévisible de la part de certaines personnes, après avoir accepté de participer à une étude sur l'activité physique; cela pourrait en outre contribuer à expliquer partiellement la différence de 603 kcal/j dans la dépense énergétique liée à l'activité observée entre les groupes les moins actifs et les plus actifs, dont la plus grande partie n'est pas justifiée par les données de l'activité physique auto-rapportée.

Du fait que les niveaux plus élevés de dépense énergétique liée à l'activité révèlent un caractère protecteur, il est pertinent d'étudier la quantité et le type d'activité physique nécessaires pour en bénéficier. Les experts en santé publique devraient considérer la manière de traduire ces observations dans leurs recommandations à la population. Le groupe le plus actif avait une dépense énergétique liée à l'activité de 994 kcal/j et un niveau d'activité physique de 1,94. Selon les données du questionnaire d'activité physique (Tableau 3 de l'article de Manini et coll.14), le groupe le plus actif atteignait une moyenne de 1,3 heures par jour et dépensait 321 kcal/j en activité physique. Si cette représentation est exacte, ils ont alors dépensé 673 kcal/j en thermogenèse liée à l'activité hors exercice. Les individus du groupe le plus actif pesaient environ 82 kg, ce qui produit une thermogenèse liée à l'activité hors exercice d'environ 8,2 kcal par kilogramme par jour. Ce résultat est légèrement inférieur à celui trouvé dans un échantillon plus jeune d'individus maigres (environ 13 kcal) et obèses (9 kcal), rapporté par Levine et coll.15 Ainsi, la dépense énergétique liée à l'activité de 994 kcal/j pour le groupe le plus actif peut s'expliquer par les 321 kcal/j de l'activité physique auto-rapportée et par les 673 kcal/j de la thermogenèse liée à l'activité hors exercice, ces derniers kilocalories étant dus à la station debout, aux allées et venues dans une pièce, aux divers déplacements, et aux autres activités de l'échantillon de l'étude libre de ses mouvements.

Les investigateurs ont effectué plusieurs analyses de sensibilité, dans lesquelles ils ont exclu les décès prématurés, les individus ayant une dépense énergétique liée à l'activité très faible ou très élevée, ainsi que ceux présentant moins de 2 comorbidités à l'inclusion. Les résultats de ces analyses de sensibilité s'accordent avec le gradient inverse élevé globalement observé pour la mortalité sur les 3 tertiles de dépense énergétique au cours de l'activité, et soutiennent la conclusion suggérant que la dépense énergétique liée à l'activité est un facteur déterminant de mortalité dans la population des personnes âgées.

Les autres explications possibles de l'association entre la dépense énergétique liée à l'activité et la mortalité pourraient inclure des facteurs génétiques, ainsi qu'une éventuelle diminution de cette dépense énergétique due à une maladie chronique. Levine et coll.15 et Zurlo et coll.16 suggèrent une composante génétique ou familiale à la thermogenèse induite par l'activité hors exercice, ce qui pourrait théoriquement relier la dépense énergétique liée à l'activité, via la thermogenèse de l'activité hors exercice (et avec exercice), à l'obésité ou à d'autres désordres médicaux. Il semble improbable que la présence d'une maladie chronique puisse expliquer l'association entre la dépense énergétique liée à l'activité et la mortalité, dans la mesure où il n'a pas été observé de différence significative dans la prévalence d'affections médicales majeures entre les différents groupes d'activité.

La contribution majeure de cette étude à la littérature réside dans son utilisation d'une mesure quantitative de la dépense énergétique pendant l'exercice, en tant que facteur prédictif de mortalité toutes causes confondues chez les femmes et les hommes âgés. Il est démontré qu'une différence de 603 kcal/j dans la dépense énergétique liée à l'activité (dont 256 kcal/j dus à l'exercice et 347 kcal/j à la thermogenèse de l'activité hors exercice) est associée à un risque relatif de 0,33 comparé au tertile le moins actif, et qu'il existe une relation dose réponse inverse entre la dépense énergétique liée à l'activité et la mortalité. En raison des méthodes utilisées dans cette étude, les données sont beaucoup moins claires quant à la relation dose-réponse concernant l'intensité de cette dépense énergétique. La technique de l'eau doublement marquée n'apporte pas d'information sur le profil d'intensité de la dépense énergétique, tandis que la nature et le délai du questionnaire d'activité physique excluent toute conclusion définitive quant à l'intensité de l'activité effectuée pendant l'évaluation de la dépense énergétique liée à l'activité. En conséquence, la conclusion de Manini et coll., suggérant que « le simple fait de dépenser de l'énergie, quelle que soit l'activité effectuée, pourrait avoir une influence sur la survie chez les adultes âgés », donne matière à réflexion et, si elle est étayée par de futures études, aurait des implications majeures sur les recommandations en matière d'activité physique. Cependant, cette conclusion doit être confirmée dans des études qui combineraient la dépense énergétique liée à l'activité évaluée par la technique de l'eau doublement marquée et le profil d'intensité déterminé par la méthode des accéléromètres développés récemment.

Les études futures devront envisager d'inclure ces deux méthodes quantitatives pour permettre de déterminer plus précisément les quantités et l'intensité de l'activité physique spécifiquement liées aux questions de santé. Une étude complémentaire sur la composante génétique de la thermogenèse liée à l'activité hors exercice et sur la nature de sa relation avec la mortalité sera également nécessaire.


Informations sur les auteurs

Correspondance : Steven N. Blair, PED, Cooper Institute, 12330 Preston Rd, Dallas, TX 75230 (sblair{at}cooperinst.org).

Liens financiers: aucun déclaré.

Affiliations des auteurs : Cooper Institute, Dallas, Tex (Dr Blair); and Stanford University School of Medicine, Stanford, Calif (Dr Haskell).


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ARTICLE EN RAPPORT

Dépense énergétique liée à l'activité quotidienne et mortalité chez les personnes âgées
Todd M. Manini, James E. Everhart, Kushang V. Patel, Dale A. Schoeller, Lisa H. Colbert, Marjolein Visser, Frances Tylavsky, Douglas C. Bauer, Bret H. Goodpaster, et Tamara B. Harris
JAMA. 2006;296:171-179.
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