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  Vol. 298 No. 6, 8 août 2007 TABLE OF CONTENTS
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Nicolas Poussin, (1594-1665)

Jean Gavaudan, MD

La vie de Nicolas Poussin, un des plus grands peintres français et un des maîtres européens de la peinture baroque, est paradoxale.

Né dans une famille normande qui avait connu des revers de fortune et la pauvreté, le jeune Nicolas n'avait aucune idée de ce que son talent allait lui procurer et de sa vie future, de la France à l'Italie, de l'Italie dans les Flandres espagnoles, de l'Italie encore à la France avant d'y retourner victime de la pression royale et des jalousies de ses confrères.

Ses premiers cours de dessin, il les prend à la maison et grâce à son talent, entre, à l'âge de 16 ans, dans un atelier parisien. En dix ans, ce petit provincial sans fortune s'est presque fait un nom. Il a étudié les maîtres italiens, a beaucoup copié, donc appris, et le voilà, avant d'avoir atteint 25 ans, chargé de décorer le palais du Luxembourg à Paris.

Nous sommes dans les années 1620, période un peu trouble de l'histoire de France. Né à la fin des guerres de religion, Nicolas a connu l'assassinat du roi Henri IV et la difficile période qui suivit. Le voilà décidé à partir pour l'Italie. Voyage obligé pour un artiste, ce pays était celui de l'art, Mozart ne nous avait pas encore débarrassé de la musique baroque. L'Italie régnait sur la peinture, la musique et la sculpture.

Arrivé à Venise, Nicolas Poussin y reçoit un choc de couleurs et de lumière. Il y reste une année avant de partir pour Rome, capitale de l'art. Il y vivra presque toute sa vie. Peintre français? Poussin a bien essayé de l'être, mais italien de cœur et de peinture.

Sa renommée va pourtant croître, et s'étendre au-delà des frontières italiennes, vers la...France, son pays, qui le redécouvre et lui demande de revenir. Mais la France, c'est aussi Richelieu, Louis XIII et ses favoris, la cour et ses intrigues, ses bassesses. Dur pour un petit provincial sans fortune d'évoluer dans le monde des « Grands », où une simple erreur d'étiquette peut vous faire tomber en disgrâce et où un mot de trop peut vous envoyer contempler les murs des prisons célèbres de Paris.

Faut-il revenir ou faut-il rester? Entre cette première période romaine (1624-30), caractérisée par l'inspiration mythologique et biblique, comme dans le tableau présenté, Tancrède et Erminie et durant laquelle Poussin est à son plus haut niveau et 1640, le temps avait passé, mais...était-ce suffisant pour rentrer?

Le tableau que nous présentons est inspiré d'un poème du Tasse, « Jérusalem délivrée », dans lequel Tancrède, chevalier chrétien, est aimée d'Erminie, fille d'un roi sarrasin. Tancrède, en tuant en duel Argante, ambassadeur égyptien à Jérusalem, est lui-même gravement blessé.

Erminie soigne les blessures de Tancrède avec ses boucles de cheveux qu'elle a coupées. Ce sujet a inspiré de nombreux peintres italiens et c'est donc naturellement que Poussin a peint ce thème (il existe plusieurs tableaux sur ce thème d'Erminie et Vafrino soignant Tancrède).

Dans le tableau présenté, les couleurs sont chaudes, la guerre n'est pas loin, le soleil a baissé et le ciel qui rougeoie répond à la terre brune du sang des combattants. Deux chevaux encadrent les personnages. Ils sont immobiles et calmes. La tempête est passée, les animaux observent, détachés, la folie des hommes. Ce thème est aussi biblique, les animaux ayant toujours joué un grand rôle dans la vie des hommes. Ils ont veillé sur la naissance de Jésus, ils sont ici présents et ferment de leur tranquille assurance la scène où Tancrède gît. Erminie est une fille d'Antioche, elle n'est pas chrétienne, mais c'est sur elle que descend cette lumière et elle est le centre du tableau. Le côté blanc, la pureté est du côté d'Erminie, le côté sombre et les couleurs chaudes sont du côté des combattants. Il y a là un symbole sur les sentiments humains qui s'opposent mais où triomphe toujours la pureté de l'amour. Cette idéalisation des rapports entre l'homme et la nature est l'une des caractéristiques des tableaux de cette époque baroque. Bien loin des réalités de la vie courante sous Richelieu et Louis XIII. Le gouvernement de l'église s'affirme aussi au travers de ces puissantes évocations des événements de la Terre Sainte, celle des croisés en lutte contre les barbares. Une expression politique de l'église catholique romaine.

L'année où ce tableau fut peint, 1634, fut une année de transition, sans événement « historique ». Mais, alors que l'homme marquait son désir d'expansion avec l'arrivée de colons anglais à St. Mary'City dans le Maryland, conduits par Lord Baltimore, représentant la 4ème colonie anglaise en Amérique du Nord, l'Europe réglait encore des comptes religieux en brûlant Urbain Grandier, prêtre, accusé de sorcellerie à Loudun. Un autre, Urbain, pape celui-là, avait l'année précédente condamné Galilée à la résidence à vie pour avoir imaginé la rondeur de la terre. On comprend que l'église ait eu besoin à cette époque du blanc virginal des tableaux mythologiques ou bibliques pour refaire sa propre virginité.

Puis, comme l'on dit, le temps passa...

En 1640, la France avait évolué. Elle avait connu d'autres guerres, de conquêtes et de religion, Richelieu était vieillissant, Louis XIII allait vers sa fin.

Ce qui décide alors Nicolas Poussin n'est pas le désir de se faire reconnaître dans son pays, mais un ordre, un simple ordre du roi, qui désire que les artistes français reviennent dans leur pays d'origine. Il y vient donc et y connaît le succès, de nombreux jeunes artistes l'imitent et peignent à « la Poussin ». Dès son arrivée, le roi lui confie la décoration de ses nombreux palais. Voilà donc ce français d'Italie qui arrive et prend le travail des peintres français. Intrigues, bassesses, jalousie, ses confrères ne lui veulent aucun bien, en particulier Simon Vouët, non dénué de talent par ailleurs. Mais, à cette époque, le talent se monnaie bien quand on a les faveurs royales. Pendant deux années, Poussin contrôle les travaux de la Grande Galerie du Louvre, mais renonce après ses 2 années à terminer le travail. Trop de haine et d'inimitiés. Il fuit à Rome.

C'est sa deuxième période romaine (1642-65), où il poursuit son travail sur la mythologie et la nature, calme, douce, idyllique. Vivaldi avait composé les quatre saisons, Poussin les a peintes.

Les deux artistes ont marqué leur temps et influencé les générations futures. Comme Vivaldi a marqué Mozart, Poussin influencera les peintres jusqu'au 19ème siècle.

Parti de rien, courtisé par les « Grands » de ce monde, Nicolas Poussin avait paradoxalement refusé les positions et les honneurs en France. Il vivra en Italie et peindra des thèmes mythologiques jusqu'à sa mort.







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